mercredi 26 janvier 2011

« Si tu arrêtes de pédaler, tu tombes »


Dignité, dignité, dignité (karama, karama, karama), cela revient à dire travail, hôpital, culture, pouvoir de décision, parole publique, respect de ses propres créations. Ils n'ont pas risqué leurs vies pour que les nantis de la capitale aient libre accès à Youtube ou puissent faire de l'art d'avant-garde. « Ne nous volez pas notre révolution » dit une inscription sur la Place Ibn Khaldun; ils savent très bien que leur chance est à saisir. Ils ont tardé 23 ans – 54 – à se mobiliser et connaissent les risques d'accepter une trève avant d'atteindre leurs objectifs. « C'est comme faire du vélo », rappellait cet après midi Mohamed en citant Che Guevara: « Si tu arrêtes de pédaler, tu tombes »

Pour lire la suite des "Chroniques de la révolution tunisienne" d'Alma Allende rendez-vous sur : http://www.lcr-lagauche.be

[Etablissons un contre pouvoir]

par Bilel Chabbi





Aujourd'hui , il y a deux pouvoirs visible en Tunisie.
 
- Le gouvernement de Transition;
- Le pouvoir militaire , représenté par le Général Rachid Ammar.
 
Aucun des deux pouvoirs n'est légitime.
En effet , le gouvernement de Transition contient des têtes de l'ancien régime , même si nous supposons qu'ils soient animés des meilleurs intentions du monde, personne ne peut leur faire confiance.
Concernant le pouvoir militaire, même si le Général Rachid est un homme dont les actions forcent le respect , même si cet homme est sûrement l'homme qui a conduit au départ du dictateur, même si cet homme est pour l'instant le meilleur homme  ayant du pouvoir en Tunisie , le rôle des militaires ne doit JAMAIS être politique. Chaque chose à sa place , ceux qui appellent le Général Ammar a devenir Chef de l'Exécutif se trompent. Le Général Rachid est un homme sûrement efficace en tant que militaire , en tant qu'homme fort de la Nation, en tant qu'homme tout simplement, mais ce n'est absolument pas une raison pour lui donner un rôle qui incombe au peuple.
Oui, le Chef de l'exécutif doit être le peuple.
Face à ce problème , la solution réside dans la question, à savoir, qui doit gouverner ?
Réponse : ceux qui ont demandé aux gouverneurs de foutre le camp.
Prenons la politique comme un mur de brique.
Il serait absurde de construire un mur de haut en bas.
La politique , c'est pareil. Demander un gouvernement avant de demander ce que l'on veut réellement revient à bâtir le pays de haut en bas. Avec toutes les dérives que l'on connait .
Il faut commencer par la base, c'est à dire par les revendications du peuple.
Mais ceux qui disent qu'il y a un temps pour les DÉGAGE et un temps pour CONSTRUIRE se trompent. On peut en effet demander aux résidus de dictature de DÉGAGEZ tout en proposant.
Le problème, c'est que rare sont ceux qui proposent, et majoritaire sont ceux qui crie dégage.
Je fais partie de ceux qui crient et écrivent DÉGAGE!
Mais posons nous deux secondes. Je me rappelle de mes cours d'Histoire de France , durant le Révolution, les paysans de tout le royaume avait fait une chose que nous devrions faire. Les fameux cahiers de doléance.
Nous avons vu l'incroyable solidarité du peuple tunisien face aux miliciens. Spontanément , les gens sont descendus dans les quartiers pour défendre ce qui leur appartient.
Ces citoyens étaient RESPONSABLES ! Ils n'attendaient rien du haut. Aujourd'hui, qui peut prétendre attendre quoi que ce soit politiquement du haut.
Nous devons pousser le raisonnement plus loin. Il faut créer un contre pouvoir aux deux sus-cités pour avoir la seule alternative envisageable pour le pays .
Les quartiers sont déjà organisé en comité. Poussons le comité plus loin. Vous pouvez poser les matraques et bâtons et prendre des feuilles, des cahiers et des crayons.
Notez vos problèmes. Les problèmes de la communauté dans laquelle vous vivez, dans la cité, dans la ville. Rassemblez les écrits de tout le périmètre et décidez ENSEMBLE d'un représentant. N'attendez rien du haut , de l'état , n'attendez pas que cet état là vous propose des élections , anticipez les . Proposez l'alternative!!
Les problèmes, les enjeux politiques ainsi notés seront des preuves de l'Histoire. Aucun président ne pourra plus jamais dire , "mais je ne savais pas !"
Un quartier de 2500 habitants, chacun avec son crayon , notez vos soucis. Le seul travail des politiques est de répondre à ces soucis. Mais nous peuple devons cibler nos problèmes.
Une fois cette étape de rédaction terminée, élisez au sein des quartiers, puis au sein des villes des représentants qui seront votre voix à l'assemblée.
N'attendons pas que le gouvernement invente un conseil des Sages, soyons ces Sages! Il faut que dès que ce gouvernement de pacotille dégage , nous , peuple, soyons aux premiers rang car c'est notre dû. Pas celui des militaires ! Les militaires ont un autre travail important à faire et le savent.

En résumé, écrivons nos besoins sur cahiers au sein de comité de quartier.
Élisons les gens qui nous représenterons au sein de ces quartiers.
Élisons ensuite au niveau des villes.
Dernière étape, à une date connue de tous , allons déposer ces cahiers à l'assemblée et montrons leurs que nous sommes seuls maîtres.
Dans cette dynamique de débat émergerons des partis politiques fiables et issues du peuple. Des Maires auront ainsi été élus ! L'élection présidentielle et législative ne doivent intervenir qu'à la fin d'un long processus.

[Tunisie : Est-ce une révolution ou une réforme ? Quelques réflexions]

par Bouraoui Taïeb



sur la photo : "Non, non, non aux ministres de Ben Ali"
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[Il est évident] qu’un conseil de la révolution ou un front commun de la révolution est une nécessité pour débloquer la situation et redonner l’initiative à ce qu’on a appelé Notre révolution, car nous remarquons aujourd’hui que l’initiative lui échappe. Le pouvoir illégitime des héritiers du dictateur et ses médias nous opposent, sans cesse, les mêmes griefs:
  1. vous n’avez pas d’organisation représentative de l’ensemble de l’opposition capable d’assurer la transition vers la démocratie, ni même un leader charismatique.
  2. Le mouvement populaire est spontané et la tutelle que cherche à exercer l’opposition sur ce mouvement est, donc, illégitime. Bien que reconnaissant ne pas avoir initié ce soulèvement de la jeunesse tunisienne, ladite opposition cherche à l’instrumentaliser. Cet argument largement répandu tend à priver le soulèvement de ses soutiens naturels que sont l’UGTT et les élites opposées au régime de Ben Ali.
Il est vrai que toute l’opposition a été prise de court. Contrairement aux autres révolutions, la notre a été le fruit d’un soulèvement populaire, spontané et sans leader. L’opposition était affaiblie et trop divisée, du fait de la politique répressive de Ben Ali. L’absence d’une structure représentative de toute l’opposition et l’avidité de pouvoir d’une partie de cette opposition ont été une aubaine pour les héritiers politiques de Ben Ali restés au pouvoir. Des personnalités politiques, dites indépendantes, qui prétendaient soutenir totalement la révolution n’ont pu résister à l’offre de collaboration qui leur a été faite par Ghannouchi. Ces héritiers de Ben Ali restés au pouvoir ont déjà marqué un point: diviser l’opposition et créer des collabos prêts à toutes les concessions, pourvu qu’ils obtiennent quelques maroquins.

[28 janvier : débat Front des Gauches sur la Tunisie]

Ven­dredi 28 janvier, 19h30,
Espace Marx - 4 rue Rouppe, 1000 Bruxelles.
(métro : Anneessens)

lundi 24 janvier 2011

[Le syndicat tunisien UGTT demande la démission du gouvernement]

Voici le texte issu d’une nouvelle réunion importante de la commission administrative de l’UGTT réunie le 21 janvier 2011. Traduction rapide et sommaire. L’UGTT aurait appelé à des grèves tournantes dans les régions.

1) La CA réaffirme que l’UGTT est une organisation nationale concernée par le fait politique, et ce vu son histoire de lutte durant l’époque coloniale ou durant la période de la construction de l’Etat moderne et en considération des liens dialectique entre l’économie, le social , le politique, le culturel qui existent dans un processus de développement et surtout durant ces jours

2) Ils rappellent que le retrait des ministres de l’UGTT du gouvernement est du au fait qu’il n’a pas été répondu aux conditions posées par le bureau exécutif de l’UGTT dans sa déclaration du 15 janvier, position qui s’est avérée juste et correspond aux demandes des manifestants et des composantes de la société politique et civile

3) Vu les grandes manifestations dans le pays qui réclament la dissolution du gouvernement et le refus d’y voir la participation de représentants du RCD, en considération, vu les démissions nombreuses vu au refus d’un certain nombre de partis et courants politiques, et vu la nécessité de rassurer tout le monde pour se consacrer effectivement aux réformes annoncées ; les membres de la CA demandent la dissolution du gouvernement et la création d’un gouvernement de coalition et de « sauvetage » nationale qui répond aux demandes des manifestants et des partis politiques, des associations, des ONG et de l’ensemble du peuple.

4) Il décident en vue de la participation effective à une commission de réformes politiques ; la création de comités syndicaux composés d’experts et de spécialistes pour la préparation des projets de l’UGTT en matière de réformes politiques, économiques , sociales qu’il y a lieu de mettre en place pour l’édification de la démocratie ; ainsi que des élections transparentes qui permettent des la liberté de choix et la création d’un gouvernement parlementaire, une information honnête. En outre l’UGTT demande a participer la commission d’enquête sur les meurtres par balles en vue de juger les responsables et aussi sa participation dans la commission contre la corruption

5) Ils appellent tous les travailleurs à se dresser contre les tentatives d’entraves au fonctionnement normal des institutions et leurs retour à la normal , et aussi à rester sur ses gardes pour la défense de nos acquis et éviter au pays tout vide

6) Ils réaffirment leur droits de lutter légitimement soit par la grève ou les manifestations pacifiques jusqu’à la composition du gouvernement selon les conditions posées par l’UGTT et qui correspondent aux demandes de toutes les composantes politique et à celles du peuples

7) Ils demandent la proclamation du 14 janvier comme fête nationale

8) Ils demandent de toute urgence aux travailleurs de maintenir l’unité de leur organisation pour permettre la continuité de la lutte et la satisfaction des revendications et de rester vigilants contre les tentatives de division.

21 janvier 2011

paru sur http://www.lcr-lagauche.be/

samedi 22 janvier 2011

[Le quatrième jour du peuple tunisien: Réforme ou rupture?]

[Le quatrième jour] du peuple tunisien a quelque chose de « déjà vu ». Parce nous l'avons vécu hier? Ou parce que nous l'avions rêvé un jour? Les états d'exception – les guerres ou les vacances de pouvoir – imposent une ombre familière, l'écho d'une ritournelle. On vit pour la première fois les choses les plus banales. La terreur et l'enthousiasme nous apportent toujours de vieux souvenirs parce qu'ils sont partagés par une multitude.
Il y a une intensification qui homogénéise l'expérience, ou une homogénéisation qui l'intensifie. Cela explique, en partie, l'ambiance qui règne dans les queues pour acheter le pain, la facilité avec laquelle s'établit les conversations entre inconnus, la tranquillité surprenante avec laquelle les gens prennent le café après un échange de tirs ou la routine apparente avec laquelle on dresse une barricade. Ou, ce qui est le plus étonnant; qu'un peuple réduit au silence pendant 23 ans parle soudainement de politique avec un tel naturel et une telle maturité qu'il semble qu'il l'a fait toute sa vie. Quelle fantastique transformation qui fait que ce nous n'avons jamais vécu et que nous avons conquis avec une centaine de mort nous paraisse aujourd'hui quelque chose de normal!