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dimanche 23 mars 2014
dimanche 16 mars 2014
mardi 11 mars 2014
dimanche 9 mars 2014
jeudi 6 mars 2014
mardi 4 mars 2014
samedi 1 mars 2014
jeudi 13 février 2014
lundi 13 janvier 2014
[Oubliée la révolution ?]
Demain...
Le 14 janvier 2014, demain, une partie de moi-même va s’envoler sur l’autre rive de la méditerranée.
Le 14 janvier 2014, demain, une partie de moi-même va s’envoler sur l’autre rive de la méditerranée.
La Tunisie sent encore les secousses des journées de décembre 2010/janvier 2011 qui ont conduit le dictateur à prendre la fuite.
Oubliée la révolution ? me demandez-vous. N’allez pas trop vite. En janvier 2012 et 2013, vous avez aussi tenu le même langage, estimant que le peuple tunisien (et les autres peuples du nord de l’Afrique qui l’ont suivi sur le chemin de la révolte) « s’était mobilisé pour rien » et que c’en était fini du printemps des peuples. Et pourtant c’est en 2013 que se sont tenues les plus vastes mobilisations de rue, 6 à 8 fois plus nombreuses que les désormais légendaires rassemblements sur l’avenue Bourguiba les 13 et 14 janvier 2011. Depuis l’acte de désespoir et de révolte du jeune Mohamed Bouazizi le 17 décembre 2010, rien ou presque n’a été changé dans la situation dramatique que lui et ses pareils vivent. Le chômage est toujours à la hausse, en particulier pour les jeunes diplômés. Le coût de la vie n’a cessé d’augmenter et cela va continuer, notamment à cause des mesures imposées par le FMI. La censure, la répression, la torture, sont toujours présentes. Militants, avocats, journalistes et artistes n’en finissent pas d’en faire les frais. Il faut y ajouter les assassinats politiques et les groupes terroristes qui sont venus « bien à point » au fur et à mesure que le nouveau pouvoir se fragilisait. Voilà pourquoi la mobilisation populaire, et particulièrement syndicale, est restée vive pendant toute cette période.
« La révolution tunisienne est belle » avons-nous écrit en janvier 2011[1]. Elle gardera sa beauté tant que ses objectifs resteront à concrétiser.
13 janvier 2014 - fRED
dimanche 1 décembre 2013
[Les tergiversations d’Ennahdha pour endormir les masses]
par Farid KHALMAT
Tunisie
Les tergiversations d’Ennahdha pour endormir les masses
Le « Dialogue National » n’arrête pas de
reprendre ou plus précisément n’arrête pas d’arrêter. Au Luxembourg, on
appellerait cela « la procession d’Echternach ». Sinon qu’en Tunisie,
on recule plus qu’on n’avance.
La semaine des
quatre jeudis
En octobre, au terme de plusieurs semaines de
négociations au forceps, le « quartet de choc »[1] avait
réussi à convaincre vingt et un partis politiques - dont Ennahdha, au
pouvoir - de signer une « feuille de route » fixant les
prochaines étapes de la transition, lesquelles devaient être bouclées avant la
fin octobre : adoption de la Constitution, mise sur pied de l'Instance
supérieure indépendante pour les élections (Isie), élaboration de la loi
électorale et formation d'un gouvernement apolitique dirigé par une
personnalité indépendante. Dire qu’Ennahdha avait plus que peiné à accepter la
feuille de route est un euphémisme. Mais la pression populaire était encore
forte après l’émotion provoquée, une deuxième fois, par un assassinat
politique, celui, le 25 juillet, du député Mohamed Brahmi après celui de
Chokri Belaïd en février. Il était clair que les islamistes et leurs alliés
feraient tout pour rester au pouvoir, ses ministres ne le cachaient pas. Ils firent
donc le gros dos et entreprirent une véritable guérilla dans tous les
domaines : manœuvre pour bloquer l’ANC, refus puis interprétation
changeante de la « feuille de route », blocages répétés sur les noms
des personnalités présentées par le quartet pour succéder au premier ministre…
« On quitte le gouvernement et pas le pouvoir » résume Rached
Ghannouchi, leader d’Ennahdha.
« Le dialogue
est, effectivement, en panne depuis plus de deux semaines, à cause, justement,
du désaccord sur le nom du futur chef du gouvernement. Ce qui est en train de
faire le bonheur de la Troïka et à sa tête Ali Laârayedh qui a, enfin, refait
surface en sortant de son silence. ‘Le gouvernement actuel n’a pas été placé
par l’opposition et ne partira pas par la volonté de celle-ci’, a-t-il dit en
substance. » indiquait fort justement le site Business-News[2] le 17
novembre.
Le même jour, Rached Ghannouchi répétait que « le gouvernement actuel est venu par
les urnes et ne remettra les rênes du pouvoir qu’entre des mains sûres. Le gouvernement
d’Ali Laârayedh ne démissionnera pas avant l’achèvement de la rédaction de la
Constitution et la formation de l’Instance supérieure indépendante des
élections (ISIE)». Les islamistes utilisaient ainsi la clause, que certains
avaient qualifiée déjà de véritable bombe à retardement, qu’ils avaient tenu à
ajouter à la « feuille de route » et qui conditionne la démission du
gouvernement par une simultanéité des deux processus, donc par l’obligation
d’achever le processus constitutionnel. Or, depuis lors, les manœuvres de la
Troïka au pouvoir ont bloqué l’ANC. Faut-il rappeler que des élections devaient
se tenir au maximum un an après le 23 octobre 2011, date de l’élection de l’ANC,
celle-ci devait donc avoir terminé la rédaction de la Constitution en octobre
2012.
Lundi, c’est sûr.
Il y a quelques semaines, c’était sûr, le « Dialogue
National » allait reprendre lundi… mais de quelle semaine ? Après
l’onde de choc du funeste 25 juillet, le premier ministre avait annoncé des
élections générales : « croix de bois, croix de fer si je mens je
vais en enfer (version locale) »… La date avancée : le 17
décembre, date plus que symbolique, troisième anniversaire de l’immolation de
Mohamed Bouazizi, l’étincelle qui avait déclenché la colère populaire et le
renversement de Ben Ali… En Belgique le sieur Di Rupo, avec ses 540 jours de
crise, n’a qu’à bien se tenir : à la vitesse à laquelle les tractations
avancent, pas de doute, Ali Laârayedh compte bien s’installer « un certain
temps » dans son paradis terrestre, la Kasbah, pour « expédier les
affaires courantes ». Le temps qu’il faudra.
Ancien ministre de l’Intérieur, il a une manière très
particulière de conjuguer le verbe « expédier »… Expédier les
journalistes, les avocats et les rappeurs en prison. Expédier les opposants
politiques dans la tombe. Expédier les affidés d’Ennahdha dans tous les recoins
de l’administration de l’Etat, les Gouvernorats, pour préparer les élections
qui s’avèrent plus que périlleuses.
Voilà pourquoi toutes les manœuvres sont bonnes pour
transformer le fameux « Dialogue National » en éteignoir de la
pression populaire. Aujourd’hui les islamistes se paient même le luxe « d’appeler toutes les composantes de
la scène politique tunisienne à fournir les efforts nécessaires pour la reprise
du Dialogue National »[3].
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| Manifestations des Diplômés Chômeurs le 28/11 - Tunis |
Ceci indique
combien la gauche tunisienne s’est laissée duper par un processus qui, bien
qu’initié par la puissante UGTT, ne pouvait que se trainer en longueur et
l’éloigner des grandes mobilisations d’août qui demandaient la chute immédiate
du gouvernement et la dissolution de l’ANC qui avait « dépassé sa date de
péremption ».
Les atermoiements des politiques et le climat
d’insécurité entretenu par le pouvoir (les groupes terroristes semblent frapper
aux moments qui le servent le mieux) semblaient avoir rendus les masses
amorphes mais les trois mouvements de grèves régionales simultanées, à Gafsa, à
Siliana, à Gabès, ainsi que les nombreux conflits et manifestations de secteurs
(Santé Publique, Recettes des Finances, Magistrats, Avocats, Cheminots de Sfax,
enseignants, Diplômés Chômeurs…) sont venus pour montrer qu’il n’en n’est rien.
« Notre peuple vient de nous montrer encore une fois qu'il était prêt à
répondre présent pour les grandes batailles et plus jamais pour les
mesquineries des « négociations » et des « dialogues »
stériles! » estime
fort opportunément notre camarade Anis
Mansouri (Porte-parole
de la coordination en Suisse du Front populaire) sur sa page
Facebook.
Il est grand temps de retrouver le chemin de la
mobilisation populaire.
Le secrétaire général de l’UGTT a affirmé ce 28 novembre,
au lendemain des grèves de Gafsa, Siliana et Gabès, que les protestations
observées dans les différentes régions du pays témoignent d’un grand état de
tension. « L’attente a trop duré et elle est devenue insupportable pour
les citoyens. La patience du
Quartet touche à ses limites ». Depuis plusieurs semaines le
leader de l’UGTT menace de dévoiler les responsables du blocage du
« Dialogue National », s’il persiste. Qu’il le fasse, mais surtout
qu’il ne dilapide pas, en imitant Ennahdha dans ses tergiversations, la force
de frappe que lui confèrent des centaines de milliers d’adhérents. Ceux-là qui
avaient « dégagé » Ben Ali le 14 janvier 2011.
30/11/2013 - Farid KHALMAT
paru sur www.lcr-lagauche.org
[1]
Le « Dialogue
National » initié par le « Quartet » constitué de l'Union générale tunisienne du travail
(UGTT), de l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de
l'artisanat (Utica, patronat), de la Ligue tunisienne des droits de l'homme
(LTDH) et de l'Ordre des avocats, était sensé trouver une réponse rapide à la
crise politique faisant suite aux assassinats politiques et aux actions
terroristes depuis le printemps.
[3]
Le Conseil de la Choura du Mouvement Ennahdha, tenu les samedi et dimanche 23
et 24 novembre 2013 à propos de l’évolution du Dialogue National - http://www.tunisienumerique.com/tunisie-communique-du-conseil-de-la-choura-dennahdha-2/202036
-
mardi 4 juin 2013
[Aujourd’hui, nous sommes Un]
Lettre ouverte des protestataires d’Istanbul au peuple de Tunisie
à l'occasion de la visite de Tayyip Erdoğan, premier ministre turc en Tunisie
Nos cher/ère frères et sœurs de Tunisie,
Il n’y a pas très longtemps, vous avez créé une étincelle dans votre région qui s’est répandue partout rapidement, devenant le flambeau qui guide non seulement votre pays, mais aussi beaucoup d’autres vers un chemin où les régimes oppressifs ne sont plus tolérés. Cet essor a été fait au nom de la démocratie, de la liberté et des droits dont vous étiez privés. Vous avez été une inspiration et le monde vous a regardé mener votre pays vers un demain plus humain, plus digne et plus libre.
Aujourd’hui, en Turquie, nous vivons des moments très importants, marqués par la solidarité entre les gens qui se révoltent de manière pacifiste contre un gouvernement oppressif. La police, en qui nous faisons confiance, que nous appelons quand nous avons besoin d’aide, qui a juré de nous protéger nous attaque avec des armes chimiques qui brulent la chair, différents types de gaz qui nous empêche de respirer, de l’eau à haute pression, des balles plastiques qui sont tirées directement sur la tête des gens. Pourquoi ? Parce que nous avons agi comme notre constitution nous permet d’agir : nous avons protesté.
Il y a cinq jours, les habitants du quartier de Taksim à Istanbul ont commencé à protester contre un projet de construction d’un centre multi-fonctionel au lieu du seul parc restant du quartier. Ils étaient des écologistes qui voulaient simplement faire arrêter la construction donc ils ont pris leurs tentes et commencé à y faire un camp. Un jour à 5 heures du matin, la police a lancé une opération et a pulvérisé les gens avec le gaz poivre et l’eau à haute pression alors qu’ils dormaient sous leur tentes.
Cette opération contre une simple manifestation qui se faisait en paix a eu une importante réponse de toute la Turquie. Aujourd’hui, des centaines de milliers de personnes sont venues à İstanbul, et il existe des mouvements de résistance dans de nombreuses autres villes qui dénoncent la violence de la police qui est complètement arbitraire et qui va contre tout principe démocratique. La foule est devenue immense, pourtant ils restent ensemble et calmes, ils s’avertissent les uns les autres pour pouvoir rester calmes aux moments de tension et pour éviter tout acte de violence en dépit de l’utilisation disproportionnée de la force de la part de la police. Du coup, aujourd’hui, nous sommes unis. Aujourd’hui, nous ne nous battons plus. Aujourd’hui, nous résistons.
Chaque jour, il devient plus clair que nous sommes des pacifistes qui n’essayent que de se protéger, tandis que la réponse de la police devient de plus en plus brutale. Une recherche rapide apportera devant vos yeux des milliers d’images atroces, des vidéos et des histoires personnelles des manifestants. Vous verrez des images d’une fille seule, battue et insultée par 10 policiers. Vous verrez les policiers jeter les bombes de gaz dans des immeubles d’habitation et verrouiller les portes afin que les gens ne puissent pas sortir. Vous verrez les policiers pulvériser par les gaz des mosquées où les jeunes volontaires réalisent les premiers secours pour sauver les blessés. Pourtant, cela va vous montrer une solidarité qui n’a jamais été vue jusqu’à ce jour en Turquie. Nous sommes devenus un peuple qui se sent coupable quand il va se coucher, quand il n’est pas dans les rues avec ses amis, à respirer le gaz chimique constamment pulvérisé sur eux. Le soir, nous devenons des chimistes, des pharmaciens, des infirmiers, des agents de renseignement et des journalistes; et simplement des amis. Or, à travers la même recherche, dans les rues vous verrez des gens se faire des boucliers humains pour protéger des inconnus. Vous verrez des gens qui protègent et se soutiennent les uns des autres par tous les moyens possibles.
Vous verrez les manifestants résister, main dans la main, pendant toute la nuit et nettoyer les rues qui ont vu leur combat de la veille pendant la journée – à nouveau main dans la main. Vous verrez un flux irrépressible d’informations entre les manifestants à travers les médias sociaux et les émetteurs-récepteurs, malgré les restrictions sur les moyens de communication adoptées par le gouvernement pour nous empêcher d’utiliser notre droit démocratique de citoyens dignes, pour protester et se faire entendre.
Nos chaînes d’information opprimée par le gouvernement refusent de montrer ce qui se déroule sous leurs yeux, c’est pour ça que vous voyez les gens s’organiser pour que tout le monde soit au courant de cette férocité à la fois en Anatolie et dans le monde entier. Cette violence contre les générations qui sont l’avenir de notre beau pays n’est plus tolérable. Nous ne sommes pas des terroristes, et nous refusons d’être perçus comme tel.
Aujourd’hui, nous sommes unis. Aujourd’hui, nous sommes Un. Nous refusons d’être associés à un parti politique ou une idéologie. Notre idéologie est la liberté et la démocratie. Nous sommes des personnes de tous âges, de toutes religions, de toutes minorités ethniques, de toutes idéologies qui, épaule contre épaule, se révoltent contre un gouvernement qui ne respecte pas les principes d’une véritable démocratie.
Nous nous révoltons contre notre Premier ministre, qui a répondu à nos appels en nous rappelant qu’il détenait 50% de la population de la Turquie qui ont voté pour lui et s’il le veut, il pourra rassembler un million de personnes pour aller dans la rue et se révolter contre nous. C’est très dommage, car nous ne sommes pas contre une partie de notre population; nous sommes contre la mentalité qui perçoit le pourcentage de ses votes comme une source de légitimité pour ses actions arbitraires. Or, ceci n’est pas comment une démocratie est définie; une démocratie est polyphonique pendant et après les élections.
Nous nous révoltons donc contre ce même système dont chaque communauté a souffert dans différentes périodes de l’Histoire de la Turquie moderne; la communauté islamique, laïque, kurde, arménienne et plusieurs autres. Nous revendiquons aujourd’hui, le droit d’être entendu et respecté par le gouvernement qui a la fonction de nous protéger et de nous rendre le droit de vivre comme des êtres humains dignes de respect dans notre pays que nous aimons. Nous voulons que notre Premier ministre arrête les forces de police et nous laisse nous exprimer. De cette façon, il va voir que c’est ses propres jeunes qu’il est en train d’attaquer et personne d’autre.
La raison pour laquelle nous vous écrivons cette lettre est que cette semaine, notre Premier ministre Tayyip Erdoğan va visiter votre pays au lieu de rester en Turquie et de régler la situation qui est arrivée au point de causer les morts de nos amis. Cela nous indique que malheureusement, il ignore tous ceux qui sont morts et blessés par suite de l’application brutale de ses directives par les forces de la sécurité. Cette lettre est notre cri, notre appel à vous, à nous aider, à nous rejoindre dans notre protestation en vous-même protestant son arrivée en Tunisie.
S’il vous plait, montrez-lui que nous ne sommes pas seuls. Montrez-lui que les manifestants pacifiques et démocratiques gagnent toujours, comme vous l’avez montré au monde entier.
Au nom de la paix, de la liberté et de l’expression.
Vos frères et sœurs en Turquie
jeudi 7 mars 2013
[Région arabe : une « Ola » révolutionnaire]
Région arabe : une « Ola » révolutionnaire
par Luiza Toscane
Le processus enclenché le 17 décembre 2010 en Tunisie n’est pas retombé ; il n’est pas non plus en perte de vitesse et se poursuit dans nombre de pays arabes. Après la Tunisie, l’Egypte, puis le Yémen, Bahreïn, Libye, Maroc, Oman, Syrie. En 2012, la Ola s’est étendue au Soudan, à l’Arabie saoudite, à la Cisjordanie, au Koweït et à la Jordanie.
Des processus révolutionnaires ?
On assiste à deux sortes de dynamiques : l’une franchement révolutionnaire qui se fixe l’objectif de la fin des régimes, comme c’est le cas dans la majorité des pays qui ont connu des manifestations de rue, et une seconde, réformatrice, qui demande au régime d’entreprendre des réformes. Mais il s’agit de réformes, pour certaines, tellement substantielles et contradictoires avec l’essence même des régimes qu’une dynamique révolutionnaire pourrait s’enclencher dans ce processus. Reste qu’au Maroc, les revendications encore minoritaires « le peuple veut la chute du régime » ou « La République est la solution » progressent, et à Koweït on a entendu parfois « le peuple veut la chute du tyran ». Le seul pays où le slogan « le peuple veut la réforme du régime » n’a pas été transformé depuis deux ans est le Sultanat d’Oman.mercredi 20 février 2013
[J'en reste coi...]
Oui vous l'avez remarqué. Cela fait deux semaines que je reste coi. Quoi que je ne sois pas résigné comme pourrait le faire penser le terme "coi" généralement utilisé pour exprimer la résignation qu'on retrouve chez celui qui ne sait plus quoi répondre, qui est à court d'arguments.
Des arguments, j'en ai, mais ils sont de peu de poids face aux armes adverses, comme celle qui a tué un camarade il y deux semaines.
Je vais m'y remettre, y a pas d'avance.
fRED
Des arguments, j'en ai, mais ils sont de peu de poids face aux armes adverses, comme celle qui a tué un camarade il y deux semaines.
Je vais m'y remettre, y a pas d'avance.
fRED
lundi 14 janvier 2013
[Dégage!]
Dégage!
14 janvier 2011
Le célèbre "Dégage!" le 14 janvier devant le Ministère de l'Intérieur, avenue Bourguiba à Tunis. La grève générale de l'UGTT a donné le coup fatal à Ben Ali.
dimanche 13 janvier 2013
2014
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| 2014... |
Le président s'engage à quitter le pouvoir en 2014, ordonne le cessez-le-feu à l'encontre des manifestants, promet une "liberté totale" pour la presse et une baisse des prix.
Treize nouveaux morts à Tunis, deux à Keirouan.
Le nombre de morts dépasse les 80, dont beaucoup tués par balles par des snipers, visés à la tête ; les blessés se comptent par milliers.
"On est clairement passés de la contestation sociale au champ politique. Le mélange de concessions présidentielles et de déploiement de force parviendra-t-il à calmer l’ardeur des manifestants ? Les prochaines heures seront déterminantes pour savoir si Ben Ali aura réussi, sinon à sauver sa tête et celle de sa famille au cœur des accusations de corruption, au moins à gagner du temps.
Premier élément de réponse, ce vendredi, avec l’appel à la grève générale maintenu par l’UGTT, le syndicat hier très officiel, et qui vient de prendre l’initiative de s’associer au mouvement de protestations." (Rue 89 - 13/01/2011)
samedi 12 janvier 2013
66
La révolte est partout en Tunisie. Un couvre-feu est décrêté à Tunis ce qui n'empêche pas les affrontements de se poursuivre. Malgré les "promesses" de Ben Ali à la télé, on compte huit nouvelles pertes humaines, amenant le nombre de victimes à 66 depuis la mi-décembre selon la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme.
vendredi 11 janvier 2013
mardi 4 décembre 2012
«Les yeux… visez les yeux…»
La grève générale de Siliana vue par Taoufik Ben Brik. L'écrivain et humoriste tunisien se demande si cette ville est en train de devenir le Sidi Bouzid d'Ennahda?
Vendredi saint, 30 novembre. Siliana, chef lieu du centre ouest céréalier, en est à son troisième jour de grève générale. Une grève générale qui a ébranlé la Tunisie entière.
Un serpent de 30.000 têtes, ivre et fier qui chante a tue tête et danse sous le rythme endiablé de «Targ Essid», chant montagnard et belliqueux des insoumis de la Numidie profonde. Siliana indomptable.
Vendredi saint, 30 novembre. Siliana, chef lieu du centre ouest céréalier, en est à son troisième jour de grève générale. Une grève générale qui a ébranlé la Tunisie entière.
Même des bourgades habituellement «nonchalantes», Hammamet, Monastir, Djerba, ont manifesté avec brio et brouhaha leur soutien. Toutes les organisations et les partis d’opposition sont sur le pied de guerre. La presse est unanime. «Drame à huis clos», titre le journal La Presse, organe gouvernemental.
Répression aveugle
La Tunisie sous le choc. A «Dégage» au gouverneur de Siliana, neveu d'Hammadi Jebali, chef du gouvernement (même s’il le nie), la Securitate et bras de répression d’Ennahdha, a lancé une véritable expédition punitive contre ces «fauteurs de trouble», ces «contre-révolutionnaires», ces «nostalgiques de Ben Ali et Leila Trabelsi».
«Dégage n’a plus droit de cité, au temps d’un gouvernement légitime. Je dégage bien avant que le gouverneur dégage», menace grosso modo Jebali.
«Pour les beaux yeux d’un gouverneur, on a arraché les yeux aux jeunes manifestants de Siliana», dénonce le très bavard Habib Jouini, dit Zico, originaire de Siliana.
Carnage légitime. Silence, on aveugle en toute légitimité.
En trois jours, plus de 250 manifestants criblés de chevrotine, 22 touchés en pleins yeux.
«Toucher aux yeux c’est le summum de la cruauté. C’est l’instant où l’humanité chavire dans les ténèbres», pour paraphraser Cormac McCarthy, le dernier géant de la littérature mondiale, toujours vivant.
«Les yeux… visez les yeux…», ordonne un gradé à des policiers novices nouvellement recrutés et heureux de «casser» du Siliani.
«C’est comme si toute la police du pays qui a débarqué à Siliana», lâche Mounir Sakraoui, syndicaliste.
Du Kef, de Zaghouan, de Nabeul, de Jendouba, de Béja, de Tunis, blindés, garde nationale, brigade d’intervention rapide, ont rappliqué, en renfort, pour mater les insurgés. Tirs de balles réelles, bombes lacrymogènes, matraques, fusils de chasse, violation de domicile nocturne et collective, bastonnade, ratonnade, chasse à l’homme et chevrotine…
«Trente policiers cagoulés et enragés ont investi le bloc opératoire de l’hôpital et malmené des patients. Du jamais vu », rapporte Dr Hassen Manai.
Même le hammam des femmes a été pris d’assaut par une horde de tuniques noires.
Ô mon Dieu, pourquoi?
Un homme interpelle Dieu. Un homme se tourne vers Dieu et se plaint contre la cruauté de ses créatures. Un homme s’étale sur la caillasse, hurle sa douleur :
«ya rabi, ya rabi âlech, Ô mon Dieu, Ô mon Dieu, pourquoi… pourquoi».
Tout autour une foule bigarrée et survoltée reprend en chœur: «Ya rabi … ya rabi…» L’homme, Am Taieb, la soixantaine avancée, la tête dégarnie et la pauvreté qui se lit sur les yeux, pleure à chaude larme:
«Ils nous canardent avec des fusils de chasse… Ils nous prennent pour du gibier, ils nous gazent dans notre sommeil.»
Une femme âgée et tout de noir vêtue se lamente:
«Mon fils, Wildi, est bousillé… Ils n’a plus de dents, plus de z’yeux… Il priait à la mosquée… Ya rabi Alech…»
Pourquoi, Ô Dios. Siliana meurtrie, Siliana bafouée, Siliana profanée… Pourquoi? Pour rien. Sans motif. Sans casus belli. Pour une grève générale pacifique. Aucun lampadaire tombé, aucune vitre cassée, aucun établissement public envahi.
«Manifestation paisible et en bon ordre», dit Bilel Lounissi qui vient de perdre un œil… «gratuitement».
«A cause de la bêtise animale des policiers», renchérit Ammar Adi, autre estropié.
«Ils insultent les femmes. Ils se déshabillent devant elles et nous montrent leur sexe. Ils pissent à même le sol, à l’intérieur de nos maisons. Ils tiennent les femmes devant leur mari, ouvrent de force leur bouche et leur crachent dedans, avec un torrent de mots orduriers», raconte, non sans dégoût, Khalti Mounira, une femme âgée qui a eu sa dose de chevrotine.
Théorie du complot
«On l’accuse d’avoir lu Mao Tsé Toung», ironise Jamel, son fils cadet, un numéro. Une Hogra qui me rappelle la démence des conquistadors espagnols et portugais dans Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog, et les Révoltés du Bounty de Lewis Milestone.
Bien sûr, dans la tête de nos décideurs new-look, «made in Qatar», médisent les langues de pute, trotte toujours un complot. Pour eux, «preuve à l’appui», c’est Chokri Belaid et Hamma Hammami, deux figures de la gauche tunisienne, qui manipulent les Silianii, moyennant un peu de Bakchich.
Blessé dans son orgueil, comme tous les Silianii par ailleurs, Néjib Sebti le flegmatique secrétaire général de l’Union régionale des travailleurs tunisiens et néanmoins principal organisateur de l’insurrection, dénonce:
«On veut même nous enlever la capacité d’organiser une grève générale. Ils veulent nous salir, nous présenter sous une image de gens mineurs téléguidé par des tuteures manipulables qu’on peut sadoyer à volonté…»
S’organiser, faire face à l’hostilité, déjouer l’adversité, les Silianii «l’ont tété depuis leur prime enfance et l’ont étudié comme si c’était des beaux arts.»
Les brigades rouges de Siliana
Arrière-petits fils de Takfarinas et d’Annibal Barca (C’est à Zama qu’ Annibal a croisé le fer pour la dernière fois avec les légions romaines), les Siliani ont stoppé avec brio l’hostilité de la police.
Toutes les bourgades du gouvernorat, Makthar, Gâafour, Bourada, Sidi Bourouis, Lakhwet, Laaroussa, Kisra, Rouhiya, Bargou, El Krib ont ouverts de mini-fronts pour desserrer l’étau sur Siliana et attirer la police et disperser leur force.
Toutes les routes qui mènent à Siliana sont parsemées de barrages de fortunes, faites de pierres, d’arbres et de carcasses de voitures calcinées. Barrages gardés, contre toute attente, par des gamins terribles, intransigeants qui prennent à cœur leur mission d’apprenti Jedi, de jeunes Padawan.
«Mieux que des révoltés à l’improviste, les Siliani se sont métamorphosés en de véritables hommes organiques à la Gramsci, structurant à merveille leur soulèvement politique», m’explique mon frère Jalel, porte parole de la Ligue ouvrière de gauche, parti trotskiste et proche ami du sous-commandant Marcos.
30 novembre, 11 heures, je sillonne l’interminable avenue de l’environnement, principale et unique artère de la ville, après trois heures de route cahoteuse, de panne et de négociations avec les gamins barragistes. Un air d’After Day règne sur le macadam.
Peuple de Siliana dégage!
Pas âme qui vive. Commerces fermés, voitures stationnées, polices démobilisées. On dirait un magnétophone débranché. Les Siliani ont décidé de se retirer de la ville, la laissant aux mains des envahisseurs.
«Le gouverneur refuse de déguerpir, c’est au peuple de Siliana de dégager.»
Un cortège funèbre, en guise de méga-marche, sur dix kilomètres en dehors de la ville, direction le cimentière de Sidi M’ssayed, pour enterrer deux cadavres exquis: Hammadi Jebali et son neveu de gouverneur.
Un serpent de 30.000 têtes, ivre et fier qui chante a tue tête et danse sous le rythme endiablé de «Targ Essid», chant montagnard et belliqueux des insoumis de la Numidie profonde. Siliana indomptable.
Tard, dans la nuit lumineuse et précieuse de Siliana, El cartouche continue de faire des youyous et les pierres de prendre les policiers pour stand de tirs. Pour le retour, j’ai dû prendre des routes de traverse.
Tous les chemins qui mènent à Tunis sont transformés en champs de batailles. Les combats font rage. Dernière nouvelle du front Ouest: Bargou, Gâafour, El Krib proclament la grève générale…c’est l’entrée de la cinquième armée du général Patton. Hourra… Hourra…Hourra… Y viva La Révoluçion.
Taoufik Ben Brik
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