mercredi 15 décembre 2010

[Vous avez raison, laissons-les crever]

une humeur que je partage totalement, je prends la liberté de la publier...
par Antoine Nélisse
http://nelisse.be/blog/

J’en ai marre de répondre au coup par coup. Mais il y a des choses qui, à la lecture, me donnent envie de vomir. C’est le cas de cette nouvelle chaîne qui circule sur les profils de certains de mes amis. Je la reproduis ici pour que tout le monde comprenne bien de quoi je parle :

"38 euros par jour et par refugié à Bierset…Combien donne-t-on, Messieurs les Ministres, à nos belges qui meurent de froid dans nos rues??? 38 x 30 = 1140 euros…Beaucoup de pensionnés ont beaucoup moins et ils ont travaillé toute leur vie…Mettez cela sur votre mur si vous osez…..c’est HONTEUX…"

Il y a plusieurs choses qui me choquent dans ces propos, pour des raisons tant purement objectives que totalement subjectives. La première, la plus viscérale, tient en deux mots de ce pamphlet : « nos belges ». Comprenez bien la portée de ces deux mots. Ils signifient qu’un mot sur une carte d’identité, le hasard de la naissance, devrait à eux seuls déterminer si oui ou non on peut crever de froid ou de faim dans la rue. Ils tiennent au même sentiment bas et mesquin que vous, qui publiez ce texte, reprochez à un De Wever quand il tient des propos du genre « nos flamands paient trop pour ces wallons ».

Pensez-y : « nos belges » ont bon dos quand il s’agit de stigmatiser l’aide apportée à des êtres humains que la vie a fait naître hors de nos frontières. Ils forment un groupe que vous voudriez homogène pour l’opposer à « ces réfugiés ». Mais vous avez vite fait de diviser « nos belges » en « ces flamands », « ces chômeurs », « ces assistés »,… quand il s’agit de hurler sur d’autres dépenses ou pour d’autres causes.

Le deuxième élément qui me choque est la comparaison financière. Le calcul est simple, 38€, 30 jours dans un mois, ça fait 1140€ qu’on « donne » à « ces réfugiés » là où « d’honnêtes pensionnés belges » reçoivent moins. La logique est imparable. Ou pas.

Les 38€ par jour ne représentent pas de l’argent de poche qu’on « donne » aux réfugiés. Ils représentent l’ensemble des coûts supportés par les pouvoirs publics pour assurer les besoins minimums de ces êtres humains. Si vous voulez que la comparaison soit un minimum correcte, il ne faut pas comparer cette somme à la pension nette d’un « honnête pensionné belge ». Il faut ajouter à celle-ci l’ensemble des coûts pris en charge par la collectivité (à juste titre, là n’est pas la question) pour un pensionné « moyen ». Ce qui inclut, comme pour n’importe quel citoyen, les services publics, le remboursement des soins de santé, certains avantages liés au statut de pensionné, mais aussi des aides sociales pour les plus démunis (prime de chauffage annuelle, logements sociaux,…). Sans avoir les chiffres précis de ces différentes interventions, je peux vous garantir que le total monte largement au-dessus des 38€ quotidiens.

Je voudrais tout de même préciser certains points de ma pensée. Je ne pense pas que les pouvoirs publics en fassent assez pour les plus démunis de « nos belges ». Je ne trouve pas normal que des êtres humains quelle que soit leur nationalité passent la nuit dans la rue par -10°C et soient obligés de dormir dans la Maison des TEC pour avoir un peu de chaleur. Je ne trouve pas normal qu’une personne qui a travaillé et payé ses impôts toute sa vie vive sous le seuil de pauvreté.

Là où je m’insurge, c’est qu’on ne pense à ces gens que pour opposer leur situation à celle d’autres humains. La plupart d’entre vous, en temps normal, quand il ne s’agit pas de gueuler parce que les pouvoirs publics aident des êtres humains en détresse, n’en a strictement rien à foutre des SDF et des pensionnés.

Là où je m’insurge, c’est quand je lis que, sous prétexte de nationalité, des gens devraient être autorisés à crever dans le froid et la faim, enfants compris. La situation des réfugiés en Belgique, quoi qu’en laisse miroiter la presse avec des chiffres à deux balles, n’est pas idyllique. En l’absence de critères clairs et précis, la plupart des dossiers d’admission traînent des années durant et sont adjugés à la tête du client. Pendant ce temps, ces êtres humains n’ont droit à rien, si ce n’est les miettes qu’on veut bien leur jeter. La plupart d’entre eux ne demande qu’à travailler et à oeuvrer à la bonne marche de la société, mais sans papiers, pas de boulot. Sans oublier la raison pour laquelle ils sont ici. Ceux qui ont effectivement le statut de réfugié sont venus parce que la situation de leur pays d’origine fait que leur vie y est menacée. Ils ne sont pas forcément ici par choix.

Les solutions d’hébergement que vous décriez bien fort sont des mesures d’urgence qui ne remplaceront en rien une réflexion longue et profonde sur le statut des réfugiés et autres sans-papiers et sur la manière dont nous voulons envisager leur accueil. Mais elles sont nécessaires ! Elles portent bien leur nom, car il y a urgence. Et ces gens ne méritent pas plus que « nos belges » de crever la gueule ouverte en attendant que leur statut soit, ou non, régularisé !

Et puis merde ! Ce sont des êtres humains ! Ce qui est « HONTEUX », c’est de laisser ces gens crever dans la rue sous prétexte qu’ils sont étrangers. En faisant ça, nous perdons nous-même le droit de nous prétendre humains. Pourriez-vous vraiment continuer à vous regarder dans la glace après ça ? Pas moi.

Alors allez-y, postez ce pamphlet anti-réfugiés comme statut Facebook si vous osez vous proclamer comme des partisans de la machine à exclure, si vous trouvez normal que des mômes qui n’ont rien demandé crèvent dans la rue sous prétexte qu’ils ne sont pas nés ici. Osez vous affirmer haut et fort comme des individualistes qui ont cessé de croire en des concepts essentiels comme la solidarité. Mais espérez de tout votre coeur ne jamais avoir besoin de la moindre aide, ne jamais connaître le moindre accident de la vie. Car ce jour-là, il y a de fortes chances que vous creviez de faim et de froid, peut-être même sans un toit au-dessus de votre tête.

Ou bien, si vous avez compris le sens de mon propos et que vous avez réfléchi quelques minutes à la portée de quelque chose d’aussi simple que ces quelques lignes assassines, supprimez ce statut et encouragez ceux de votre connaissance qui le postent à lire cet article. Il est paramétré pour que n’importe qui puisse le lire, contrairement au reste de mes publications, car je crois fermement que ce message doit être diffusé.

Et désormais, quand vous tomberez sur une chaîne Facebook qui semble tellement logique, tournez sept fois vos mains sur votre clavier avant de le diffuser. Utiliser le net ne dispense pas d’esprit critique. Au contraire.

1 commentaire:

Antoine Nélisse a dit…

Merci pour le relais de ce texte. C'est sympa ;)