lundi 6 janvier 2014

[Mons 2015 c’est (le) capital]

La culture, ça rapporte gros. Du moins à entendre Yves Vasseur le Commissaire Général de Mons 2015. Sur les 60 millions€ que coûteront l’opération de prestige qu’il cornaque, près de 90% proviendront de fonds publics[1]. Mais où vont-ils aboutir ? Les journaux semblent s’être contentés des explications du Commissaire du Peuple pour conclure que c’est une bonne opération pour la région : « l’argent qui a été investi dans l’opération [dans les autres villes qui ont été désignées « Capitales européennes »] a créé des retombées cinq à six fois supérieures donc c’est un investissement pour la Région, pour la ville, pour l’arrondissement de Mons et pour le Borinage ».

Si l’on en croit les exemples cités par le Commissaire Priseur, ces retombées culturo-actives se manifesteront dans les nuitées d’hôtel et dans les restaurants. « Il y aura entre autres beaucoup de retour dans le domaine hôtelier dans la grande périphérie de Mons. Le ratio sera sans doute globalement de 1/6 mais peut-être de 1/4 pour Mons stricto sensu ». Après Lille, Mons est donc « en passe » de devenir un beau bordel culturel pour des DSK en puissance « Lille tournait autour de septante-cinq millions, Marseille quatre-vingt-cinq, donc comparaison de ville à ville on est dans la bonne fourchette" ajoute-t-il. Notons au passage qu’en matière de « fourchette » une des premières réalisations de Mons 2015 fut l’édition d’une brochure présentant les restaurants qui participeront à la mise en bouche de l’évènement. Et en octobre dernier on poussa même le bouchon un peu plus loin : une soirée organisée par la fondation Mons 2015 dans la foulée de l’inauguration de l’expo dédiée à Andy Warhol, qui rassemblait une centaine de patrons d’entreprises de la région Mons-Borinage. « Des « Business Ambassadeurs » qui ont accepté de jouer le rôle de mécènes en versant un montant minimum de 1.000 euros à la Fondation. Une soirée a priori apolitique donc, mais rehaussée par la présence du Premier Ministre Elio Di Rupo venu pour discourir aux côtés d’Eric Domb, patron de Pairi Daiza et président de ce club « Mons 2015 entreprises »[2]. La Fondation du Commissaire y a même fait servir une cuvée spéciale de rouge portant étiquette rouge à la gloire du Grand Timonier, Elio. Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse.
"2014 sera l'année de la concrétisation"
Après la mise en bouche, la concrétisation. Le Général de Brigade y consacre l’essentiel de son énergie et n’oublie pas les voisines communes, amies de longue date : « Un dispositif de "pass" et de réduction sera mis au point pour les habitants des différentes villes partenaires souhaitant participer ». Tout le monde pourra donc jouir du spectacle de 2015. Il suffira de se mettre à la queue...
Et les retombées ? On allait oublier... Rien ne se perd, rien ne crée : les 90% de 60 millions €, multipliés par 4 ou 6, ils vont quand même passer quelque part, non ?
Déjà les « différents bords » se disputent une part de l’héritage, un notaire a même été dépêché sur les lieux pour surveiller la clé de répartition et garantir que les sommes adéquates passent bien aux bleus...
Si vous êtes hôteliers, voici le temps venu, donnez vos ordres « Toi la servante, toi la Maria Vaudrait p´t-être mieux changer nos draps ». Si vous vendez du PQ, des plateaux-repas, des draps de soie, des capotes d’origines diverses, des valises et des singes en plastique, hâtez-vous, il y a des affaires à faire. Si vous avez une grosse sono et un petit micro (pléonasme), vous pouvez aussi remettre prix. Si vous louez des tentes, des chapiteaux, des chaises, des tables (hautes), des verres, des verrines, des fourchettes, des hôtesses, et autre matériel pour organiser des évènements, dépêchez-vous d’introduire une candidature. Imprimeurs, traiteurs, réalisateurs, frimeurs : c’est votre heure !
Ainsi seront redistribués les euros publics dans des coffres privés. Et la fête durera toute l’année 2015 et encore2015 autres années. C’est capital la culture.

fRED

[1] "La Communauté française apporte trente millions, indique Yves Vasseur, la Région Wallonne quinze, la ville (de Mons ndlr) trois millions, la Province autour de quatre millions…ça c’est la base des subventions publiques " (86%).http://www.rtbf.be/info/regions/detail_quels-seront-les-sources-du-financement-des-60-millions-de-mons-2015?id=8168455 – Le reliquat est ventilé entre une série de fonds annexes européens (publics) et le sponsoring (privé)

samedi 4 janvier 2014

[Aussi faux que la terre est ronde...]





900 millions de dollars par an...



L’étude publiée à la mi-novembre[1] par le sociologue américain Robert Brulle sur l’origine des fonds qui financent  les climato-sceptiques commence à faire un peu de bruit... L’auteur a passé son temps à « tracer » l’origine des milliards de dollars qui se sont déversés sur des « chercheurs », des « journalistes », des « chroniqueurs », pour alimenter une campagne systématique de négation de la catastrophe climatique qui nous pend au nez. « Une action organisée et délibérée pour induire le débat public en erreur et distordre la représentation que se fait l'opinion du changement climatique » souligne le rapport. Et donc aussi pour peser sur les décisions politiques qui doivent impérativement être prises et qui menacent leurs intérêts ?

L’étude révèle ainsi que près de 7 milliards$ (900 millions$ par an) ont été récoltés par une nébuleuse de fondations entre 2003 et 2010. « Souvent on voit que ce sont des fondations financées par des conservateurs qui sont actives par exemple dans le climato-scepticisme, mais aussi pour lutter contre le droit à l’avortement. Le climato-scepticisme rejoint toute une série d’autres positions politiques, généralement dans la sphère ultraconservatrice du champ politique" estime François Gemenne, chercheur en sciences politiques à l'ULg, coauteur du livre "Controverses climatiques", cité par la RTBF[2]. Ces fondations sont souvent issues de grandes familles qui ont fait fortune dans l'industrie minière, la banque ou encore le pétrole. On peut citer parmi elles la fondation Lynde et Harry Bradley, la fondation Koch[3], la fondation Exxon-Mobil, ou encore la fondation Scaife.
Mais ce phénomène ne se limite pas aux Etats-Unis. Déjà en 2010, le Climate Action Network[4] avait révélé que les européennes EON, BP, BASF, Bayer, Solvay, Arcelor-Mittal, Lafarge et GDF-Suez avaient versé 306.000 dollars à des élus œuvrant contre un projet de loi favorisant l'émergence des énergies propres pour lutter contre le réchauffement climatique.
Au fil du temps, les « généreux donateurs » qui ont investi dans cette campagne ont mis au point un véritable camouflage de leurs opérations. « De 2003 à 2007, les Fondations Koch ou la Fondation Exxon-Mobil étaient lourdement impliquées dans le financement des organisations du contre-mouvement sur le changement climatique, écrit M. Brulle. Mais depuis 2008, elles ne font plus de contributions publiques. De manière concomitante, note-t-il, le Donors Trust (qui collecte les dons de fondations philanthropiques pour les redistribuer de manière opaque) prend une place centrale dans le dispositif. Les trois quarts environ des sommes perçues par la galaxie climato-sceptique américaine sont désormais intraçables »
fRED

[3] Les frères Charles et David Koch sont des industriels américains milliardaires qui utilisent une partie de leur argent (la quatrième fortune des Etats-Unis) à financer des fondations au service de leurs idées d’extrême-droite. Ces milliardaires sont aux côtés des élus du Tea Party et leurs institutions militent notamment contre l’Obamacare, le système d’assurance-santé mis en place par le président Obama.

mercredi 1 janvier 2014

[Je hais le nouvel an]

Je hais le nouvel an

par Antonio Gramsci.

Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc. C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvel an. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante.Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant. 
  • Antonio Gramsci, 1er janvier 1916 sur l’Avanti!, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole »        
  • Traduit par Olivier Favier - touvé sur http://dormirajamais.org/

[2014]


vendredi 27 décembre 2013

[La confession d’Edgard : "mes nuits d’enfer"]



La confession d’Edgard : "mes nuits d’enfer"

C’est encore moi, Edgard. Depuis que j’ai mis ma lettre anonyme sur le blog de Fred, je ne dors plus bien. D’abord j’avais oublié de parler des Palestiniens. Il faudrait les expulser de Bethléem où ils font de la concurrence à tous les personnages de la crèche et particulièrement à notre Sainte Vierge Marie. On n'a qu'à les renvoyer en Palestine.
la crèche de Bethléem
Secundo, depuis lors je passe mes soirées et une partie de la nuit à répondre à tous les glandeurs qui passent leur soirée et une partie de la nuit à rouspéter sur la toile. Faut croire qu’ils ne bossent pas, c’est pas possible ! S’ils mettaient autant d’énergie à trouver du boulot, il y a longtemps que ça irait mieux et qu’ils ne devraient plus se plaindre. Non ! À peine qu’ils ont reçu leurs allocations, ils s’achètent Smartphone, tablette et tutti quanti. Faut voir comment ils s’en servent pour gratifier le monde de leurs âneries… Bon kestion ortograffe c’è pas ça, ils zécrivent n’importe comme an, c’est du BAC-15 ! Où alors ils sont sous l’influence de substances logarithmiques ou autres. Y en a un qui m’a traité de « facho » parce que j’avais dit « Arbeit macht frei » à un autre plouk qui écrivait « freedom » à tout bout de chant.
Bref j’aimerais bien retrouver ma quiétude, comme au bon vieux temps. Quand l’Europe n’était pas encore l’Europe, que tous nos voisins étaient des étrangers. En ce temps-là on respectait la Sainte Vierge et le Roi, l’instituteur, le facteur. L’ordre et l’Armée. Surtout l’Armée qui, même chez les étrangers, a toujours su produire des hommes prodigieux : le général Franco, le général De Gaulle, le maréchal Pétain, le maréchal Ferrant et le maréchal Mobutu… Et même parfois des femmes hors du commun comme les sœurs Maggie.

Edgard

mardi 24 décembre 2013

[Qu’on les expulse tous ! ]

Qu’on les expulse tous !

Mon bon monsieur, je ne sais pas par quoi commencer. Il y a tellement de gens qui rouspètent que ça me fait râler.
Tenez, les jeunes par exemple. Ils prétendent qu’ils veulent du boulot. On leur donne du boulot. Et après ils se mettent à se plaindre de n’avoir que des « boulots de merde », trop précaires, trop ceci, trop cela. Ils veulent notre place ou quoi ? Et notre salaire ?
Bon les femmes, c’est pas nouveau, elles voulaient aussi du boulot. On leur donne du boulot. V’là-t-y pas qu’elles se mettent dans la tête qu’elles ont droit au même salaire que nous ? Holà, faut pas pousser, hein. Tant que vous y êtes vous allez nous inventer qu’il faut aussi vous payer les heures supplémentaires que vous faîtes le soir à domicile ?
Moi, les jeunes et les femmes je les renverrais illico dans leur pays.

L'expulsion du Paradis
Et les mecs du TEC, là, on leur donne un bus tout clinquant (en plus du boulot en teck et du salaire de mec) et ils parviennent encore à se plaindre et, accessoirement à niquer le nec plus ultra du chic, question matériel roulant. Si ce n’était que pour moi, retour Téquie !
Ne parlons pas des types d’Arcelor, c’est pas du toc pourtant ces gars-là. Voilà un siècle qu’ils croient dur comme fer que c’est grâce à eux qu’on a eu les congés payés. Et dès qu’on leur signifie leur congé, ils se mettent à pinailler. Et à réclamer des sommes astronomiques, bollywoodiennes, au pauvre malheureux patron indien pour partir ! Vous savez, dans des pays comme l’Indie, on ne roule pas sur l’or… Moi dans ce cas-là je ne leur laisserais que le choix de leur pays d’expulsion : Métallurgie ou Sidérurgie.
Les Afghans, là c’est plus simple. Comme l’Afghanie est en guerre depuis trente ans, ils nous ont demandé de l’aide pour sécuriser leur aéroport à Kaboul. Maintenant que c’est fait, il n’y a plus aucune raison qu’ils restent ici dans des églises glacées où les chalets du marché de Noël. Il fait quand-même plus chaud chez eux en Amérique Centrale.
Bon il reste encore les chômeurs, toujours à pester contre la RTBF parce qu’elle ne leur a pas encore consacré une émission de récolte de fonds. Déjà que je trouve, qu’outre mieux informer les gens, RTL est plus compétente question fric, je me demande si on ne devrait pas profiter de l’effervescence pour dissoudre la radiotélévision « de service public ». Ils l’ont bien fait en Grèce et les grecs ne se portent pas plus mal… Et, au moins, quand en janvier 2015, on va commencer à rapatrier les chômeurs chez eux, en Glandie, on va les prendre par surprise, puisqu’ils ne l’auront pas entendu à la radio gauchiste.
Ma méthode à moi pour remettre de l’ordre ? Les wallons ? En Wallonie ! Les bruxellois ? En Périphérie ! Les Pères-Noël ? En Laponie ! Les bœufs ? À La Bouverie ! Les têtes de turcs ? En Turquie ! Fini la cacophonie !
Vous allez me dire que j’exagère… Que je vais me retrouver tout seul. Que je suis infâme. Et bien oui, Monsieur, et je suis fier de vivre dans ma belle patrie, en Infamie !


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Les textes non signés n'engagent que moi
fRED